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20 juillet 2026 Majda Skrijelj 7 min de lecture Contexte France

Conformité à l'AI Act pour les PME françaises : ce qu'il faut faire en 2026

Résumé exécutif
  • Les PME françaises sont déjà soumises au règlement européen sur l'IA (règlement (UE) 2024/1689): il n'existe aucune exemption ou report spécifique à la France.
  • Deux institutions nationales comptent particulièrement pour les entreprises françaises : la CNIL (protection des données, et de plus en plus supervision de l'IA) et la DGE (Direction Générale des Entreprises, qui coordonne la mise en œuvre de l'AI Act en France).
  • 26 % des TPE/PME françaises utilisent déjà au moins un outil d'IA, selon le Baromètre France Num 2025: la plupart n'ont pas documenté leurs obligations au titre de l'article 4.
  • La France n'a pas créé d'obligations nationales supplémentaires au-delà du règlement européen, mais le contexte d'application français (l'historique d'application assertive de la CNIL envers les PME sous le RGPD) donne une indication de la façon dont l'application de l'AI Act se déroulera au niveau national.
  • Ce guide couvre ce que les PME françaises doivent savoir spécifiquement : le paysage national d'application, les ressources publiques disponibles, et un parcours de conformité pratique.
26 %
Baromètre France Num

des TPE/PME françaises utilisent au moins un outil d'IA, les soumettant de fait aux règles des déployeurs.

CNIL
Surveillance Active

a prononcé 87 sanctions totalisant 486 M€ en 2025, avec des audits simplifiés proportionnés pour les PME.

Si vous dirigez une PME en France et que votre entreprise utilise un outil d'IA, vous êtes déjà un « déployeur » au sens du règlement européen sur l'IA : des obligations en vigueur depuis le 2 février 2025 s'appliquent à vous dès aujourd'hui, quelle que soit la taille ou le secteur de votre entreprise.

La France n'a pas de règlement IA national distinct. Le règlement s'applique directement en tant que droit européen, mais la manière dont il sera appliqué en France dépend des institutions françaises : la CNIL, qui régule déjà la protection des données et devrait jouer un rôle central dans la supervision de l'IA compte tenu du recoupement entre systèmes d'IA et traitement de données personnelles, et la DGE, qui coordonne la mise en œuvre nationale de l'AI Act et fournit des orientations aux entreprises. Comprendre comment ces organismes fonctionnent (et quel historique ils ont) constitue le prisme France-spécifique le plus pertinent pour aborder la conformité.

Le contexte d'application français : ce que révèle le bilan RGPD de la CNIL

La France ne dispose pas encore d'un corpus important de décisions d'application de l'AI Act: le règlement est trop récent. Mais l'approche de la CNIL en matière d'application du RGPD aux PME est le signal disponible le plus proche de la façon dont l'application de l'AI Act se déroulera probablement, la CNIL étant appelée à devenir une autorité de référence pour les systèmes d'IA qui traitent des données personnelles (ce qui est le cas de la plupart d'entre eux).

Depuis 2023, la CNIL applique une procédure de sanction simplifiée spécifiquement destinée aux petites structures, avec des amendes généralement comprises entre 3 000 et 20 000 €: de manière délibérément proportionnée aux ressources de la PME, mais bien réelle et exécutoire. En 2025, la CNIL a prononcé 87 sanctions totalisant 486 millions d'euros toutes tailles d'entreprises confondues. Le schéma est constant: les régulateurs français poursuivent les petites entreprises de manière routinière, pas seulement les grands groupes, et adaptent la sanction en conséquence plutôt que de les exempter.

Pour l'application de l'AI Act spécifiquement, attendez-vous à une posture similaire une fois les autorités nationales de surveillance du marché formellement désignées (attendu d'ici fin 2026): des amendes proportionnées mais réelles pour les PME, avec une application qui s'intensifie pour la non-conformité répétée ou délibérée plutôt que pour de véritables lacunes initiales traitées de bonne foi.

Ce que la DGE et les ressources publiques françaises offrent aux PME

La Direction Générale des Entreprises (DGE) coordonne la mise en œuvre de l'AI Act au niveau national et constitue une source utile d'orientations en français, aux côtés de ces ressources publiques que les PME devraient connaître :

  • France Num : le programme de transformation numérique de l'État pour les PME, qui publie un baromètre annuel sur l'adoption du numérique et de l'IA par les TPE/PME françaises (source du chiffre de 26 % mentionné ci-dessus) et fournit des orientations accessibles sur les sujets de conformité numérique.
  • CNIL : au-delà de l'application, la CNIL publie des orientations pratiques sur les systèmes d'IA et la protection des données, y compris des recommandations spécifiquement destinées aux PME sans service juridique dédié.
  • Bpifrance : bien que principalement un organisme de financement, Bpifrance intègre de plus en plus des orientations de préparation à la conformité (y compris liées à l'IA) dans ses programmes de soutien aux PME, pertinent si vous recherchez également un financement européen (voir l'interaction de l'AI Act avec des programmes comme Horizon Europe ou l'EIC Accelerator).

Aucune de ces ressources ne remplace un outil de conformité dédié ou un conseil juridique pour les cas sensibles de classification, mais ce sont des points de départ légitimes, gratuits et en français: et le fait de les citer dans votre dossier de conformité démontre un engagement de bonne foi avec le contexte national, ce qui a son importance face à un régulateur.

Ce que les PME françaises doivent faire spécifiquement

Le processus sous-jacent en cinq étapes (inventaire, classification, formation, documentation, veille) est identique à celui de toute PME européenne: voir notre guide complémentaire, Comment se mettre en conformité avec l'AI Act en 5 étapes . Les ajouts spécifiques à la France sont :

  1. Recouper votre inventaire d'IA avec les orientations de la CNIL , la supervision de la protection des données et de l'AI Act étant très probablement assurées par la même autorité pour la plupart des PME (tout outil d'IA traitant des données personnelles de clients ou d'employés déclenchant simultanément les exigences du RGPD et du règlement IA).
  2. Vérifier les obligations sectorielles spécifiquement françaises. Certains secteurs réglementés français (services financiers sous supervision de l'ACPR, santé sous les cadres de la HAS/ANS) superposent des règles sectorielles additionnelles à la base du règlement européen.
  3. Documenter en français autant qu'en anglais si votre dossier de conformité doit être présenté à un régulateur français, à un investisseur français ou au service achats d'un grand compte français: un dossier de conformité exclusivement en anglais peut ralentir inutilement les processus de due diligence.
  4. Suivre spécifiquement le calendrier d'implémentation française de la proposition Digital Omnibus : bien que la proposition au niveau européen suggère de reporter certaines obligations de déployeur à haut risque à décembre 2027, les autorités françaises pourraient émettre leurs propres orientations sur la période de transition.

Référence rapide : votre PME française est-elle concernée ?

Situation Statut AI Act
PME française utilisant un outil d'IA (chatbot, scoring CRM, outil de recrutement, etc.) Soumise aux obligations des articles 4 (culture IA) et 5 (pratiques interdites) dès maintenant
Micro-entreprise française (moins de 10 salariés) Aucune exemption: mêmes obligations, la proportionnalité ne s'applique qu'à certaines exigences de déployeur à haut risque
PME française déjà enregistrée CNIL / conforme RGPD Bonne base, mais la conformité RGPD seule ne couvre pas les exigences spécifiques à l'AI Act (classification des risques, documentation de la formation Article 4)
PME française dans les secteurs RH, recrutement ou crédit Probabilité plus élevée de toucher des catégories à haut risque: prioriser la classification des risques (Étape 2 du processus en 5 étapes)
PME française recherchant un financement Horizon Europe / EIC / Bpifrance Preuves d'alignement AI Act de plus en plus attendues en due diligence de financement

Questions fréquentes

Existe-t-il un texte AI Act spécifiquement français, ou le règlement européen s'applique-t-il directement ?
Il n'existe pas d'AI Act français distinct. Le règlement (UE) 2024/1689 s'applique directement en tant que droit européen dans tous les États membres, y compris la France, sans nécessiter de loi de transposition nationale pour la plupart des dispositions. Le rôle de la France se situe dans la coordination de l'application (via la DGE) et la supervision de la protection des données (via la CNIL).
La CNIL sera-t-elle l'autorité d'application de l'AI Act en France ?
La CNIL devrait jouer un rôle central pour les systèmes d'IA qui traitent des données personnelles, compte tenu du recoupement important entre les préoccupations de l'AI Act et du RGPD, mais les désignations formelles d'autorités nationales de surveillance pour l'AI Act étaient encore en cours de finalisation mi-2026.
Être conforme au RGPD signifie-t-il qu'une PME française est aussi conforme à l'AI Act ?
Non. Les obligations RGPD et AI Act se recoupent fortement mais ne sont pas identiques. Une PME conforme RGPD a une longueur d'avance mais a toujours besoin d'une classification des risques spécifique à l'IA et d'une documentation Article 4.
Quelles ressources publiques françaises sont utiles pour la conformité AI Act ?
France Num publie un baromètre annuel et des orientations de conformité numérique. La CNIL publie des orientations spécifiques à l'IA. Bpifrance référence la préparation à la conformité dans ses programmes de soutien aux PME.
Un DPO axé RGPD est-il suffisant pour l'AI Act ?
Un DPO est un atout solide: son rôle tel que défini par le RGPD ne couvre pas automatiquement la classification par niveau de risque ou la documentation de formation Article 4 requises par l'AI Act.
Majda Skrijelj

Senior Compliance Officer actuellement au sein d'une institution financière internationale, Majda dispose de plus de 20 ans d'expérience à l'intersection de la gouvernance, de la lutte contre la corruption et du risque réglementaire européen (RGPD, AI Act).

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